Sylean Padawan du Chaos

Messages: 323 Date d'inscription: 30/06/2011
 | Sujet: Un Combat Perdu d'Avance Ven 6 Jan - 10:49 | |
| L’homme déplia une nouvelle fois la longue-vue enchantée que lui avait remis Morion. C’était presque devenu un tic, pour tromper l’ennui. L’artefact lui permettait d’observer le portail bleuté, situé à bonne distance. Toujours aucun mouvement. Bien entendu. Qui débarquerait ici ?
La mission s’apparentait à une sanction, bien que Morion l’eût assuré du contraire. Des montagnes à perte de vue, quelques plaines hérissées d’arbres ; pas de ressources naturelles de premier notables. D’apparence du moins, Morion n’avait pas pour habitude d’agir de manière inconsidérée. L’homme soupira. Des yeux couleur de jade. Durs comme la pierre, froids comme la mort. Cellendhyll de Cortavar avait vaincu bien des adversaires grâce à la seule force de ce regard. Le guerrier replia la longue-vue qu’il rangea dans une poche de sa combinaison. Il profita de la solitude pour s’étirer et délasser ses muscles engourdis par l’attente. Merci Morion, vraiment !
Trois jours que Cellendhyll guettait, trois jours qu’il n’avait pour toute compagnie que les bouquetins et quelques oiseaux curieux. Décidant de tuer l’ennui, l’Adhan, qui avait abandonné sa combinaison, poursuivit ses étirements par une série de katas, mimant des combats contre des adversaires imaginaires, enchaînant les coups à mains nues puis à l’arme blanche. Son arme blanche, sa dague, sa belle de mort. Silencieuse, mortelle, unique. Comme lui. Elle était son alter ego. Atémis, fouetté du coude ou de la jambe ; coups de genoux ou balayages. Peu à peu ses mouvements devinrent plus rapides, plus précis, plus fluides. Le temps autour de lui s’étira, comme ralentit. Ça y’est ! Le Zen. Il aimait cette sensation. Lorsqu’il déchirait les voiles bleutés du Zen, cette impression qu’il avait de son corps comme d’une arme à part entière. Un adversaire de chair et d’os en face du guerrier n’aurait eu que peu de chance de survivre.
Le craquement d’une branche piétinée, provenant d’un bosquet sur sa gauche, rompit sa concentration. Le Zen le quitta brusquement. Cellendhyll se tourna en se mettant rapidement en posture de combat, genoux fléchis, la dextre le long du corps tenant sa dague en position inversée, le bras gauche plié devant lui, paume vers l’avant. Tu deviens moins bon, boule de poil, lança le guerrier dans le vide, tu faits de plus en plus de bruit ; sans parler de l’odeur… La pointe glacée d’une lame s’enfonça légèrement dans la peau de son dos humide. T’es sûr de ça, petite homme ? demanda une voix profonde. Toi tu pues la sueur. T’aurais au moins pu te jeter dans une rivière en trois jours ! J’ai toujours voulu savoir ce que ça faisait de sentir comme un Loki… Le nouvel arrivant lui flanqua une claque monumentale dans le dos. « Ah ah ! Bien dit ! Moi aussi ça me fait plaisir de te voir Cell’ ». Cellendhyll se retourna pour saluer son ami d’un sourire. Gheritarish le Loki était égal à lui-même. Souriant, ébouriffé, puissant. L’Adhan enfila le haut de sa combinaison tout en jetant un coup d’œil à l’endroit où se trouvait le portail, invisible en attendant son activation.
« Qu’est-ce qui t’amène ici Gher’ ? ». Morion m’a demandé de te rejoindre pour une mission, j’me suis pas fait prier, et me voilà ! À vrai dire, ça tombait à pic pour moi… Laisse moi deviner, ça t’a permis d’échapper à trois demoiselles Loki furieuses ? ironisa Cellendhyll. Comment tu sais ? Toujours la même histoire… Gheritarish fit un rapide tour d’horizon de l’endroit. « Alors, c’est quoi le topo ? On est là pourquoi ? ». Morion ne t’as pas expliqué ? Non m’sieur. Et tu ne lui as pas demandé non plus ? Ahem, je n’ai pas vraiment eu le temps… Pour tout te dire je devais me faire discret le plus rapidement possible. L’Adhan soupira en secouant la tête. « Gher’… Mais qu’est ce que je vais faire de toi… ? ». Cellendhyll se saisit de la longue-vue dans sa poche puis la tendit à son compagnon, qui la déplia. « Regarde là-bas, près du rocher. Dis moi ce que tu vois. » Le rocher en forme de … Oui ce rocher la. Un portail, souffla Gheritarish. Très utile cette petite lunette. Un cadeau de Morion, répondit Cellendhyll, amer. Essaye de la garder une fois la mission finie, ça pourrait être utile. Le Loki replia la longue-vue puis la lança à l’homme aux cheveux argentés. Alors on est là pour garder un portail ? Morion pense qu’il sera activé très prochainement, pour permettre le passage de quelques créatures qui veulent s’accaparer le coin. Notre cher patron aimerait qu’on leur fasse comprendre que l’endroit est hostile. Cela dit, ça fait trois jours que je faits le pied-de-grue et je n’ai toujours rien vu. Je commence à me dire que Morion s’est trompé. T’as déjà vu Morion se tromper, petit homme ? À mon avis je serai eunuque avant que ça arrive, plaisanta le Loki. Ça, ça peut s’arranger boule de poil, répondit Cellendhyll dans un rictus moqueur. Si tu faits ça, ce n’est plus moi que les trois demoiselles poursuivront, je te préviens ! Vantard !
Le Loki attrapa soudain Cellendhyll par l’épaule et l’entraîna à terre avec lui. D’un doigt sur la bouche il intima le silence à son compagnon puis lui indiqua le rocher. « Regarde ! » souffla t-il. Le portail s’était activé. Enfin ! Songea l’Adhan. Le passage magique luisait d’une aura bleue claire-obscure, parsemé de petits éclairs pourpres. On dirait bien que tu t'es trompé, chuchota le Loki. C'est pas aujourd'hui qu'on me coupera les bijoux. La ferme ! Je te rappelle que ça peut toujours se faire, répondit Cellendhyll à voix basse. Une première forme apparut. De là ou se trouvaient les deux comparses, ça n'était qu'une ombre indistincte. « Tu vois quelque chose ? », demanda le Loki ? Et comment veux-tu que je vois quelque chose, gros malin ? Morion ne t'as pas donné une longue-vue ? Si, concéda Cellendhyll, mais elle n’est accordée que sur les objets magiques, on ne peut rien voir d'autre. Ah... Le Loki avait l'air déçu. Je ne vois qu'un seul moyen, reprit l'Adhan. On s'approche sans se faire repérer, on avise ensuite. Ok, je te suis.
Les deux guerriers rallièrent un meilleur poste d'observation. Tantôt rampants, tantôt courant, utilisant les arbres et les rochers disséminés sur la plaine pour rester à l'abri des regards. La première silhouette avait déjà complètement passé le portail et observait les alentours. Une seconde était déjà en train de la rejoindre lorsque les deux guerriers du Chaos s'arrêtèrent. Ils se hissèrent sur les branches d'un arbre dont le feuillage leur permettait d’espionner autant qu'ils le voulaient sans être vus. Celle sur laquelle Gheritarish s'était installé pliait dangereusement, menaçant de céder à tout instant sous le poids de l'imposant Loki. « Ça t'apprendra à manger comme dix », s'était moqué Cellendhyll. Les créatures étaient désormais une bonne dizaine, et il en arrivait encore. De leur poste, Cellendhyll pouvait s'en faire une idée plus précise. Des créatures. Elles se tenaient debout, comme des humanoïdes, mais n'en étaient pas. En guise de jambes, elles avaient trois paires de pattes chitineuses. Leur corps était protégé par une armure et ils portaient sur leur dos une sorte de carapace spiralée. L'un de leur bras se terminait par une main tandis que l'autre s'achevait par une imposante pince de chitine. Leur tête ressemblait à un odieux mélange entre un visage humain et le crâne d'un crustacé. Pas de nez ni d'oreilles apparents, un bec en guise de bouche, surmonté d'une paire d'yeux, et des antennes qui s'agitaient constamment d'avant en arrière ou de gauche à droite. Leur nombre ne cessait de croître. Presque une centaine maintenant, alors que le portail maintenant une activité constante.
Cellendhyll se tourna vers Gheritarish. - C’est quoi ces bestioles ? T’en as déjà croisé ? - Jamais, répondit le Loki. Il plissa les yeux. On dirait… - … Des bulots, acheva l’Adhan. Cellendhyll réfléchit un instant. Impossible de faire demi-tour, le portail par lequel lui et Gheritarish étaient passés ne s’ouvrirait pas avant quatre jours. Aucun moyen de contacter Morion non plus. Organise un comité d’accueil pour leur montrer que le coin est hostile… Tu parles ! Merci Morion, encore une mission à la… - Regarde, chuchota Gheritarish, le portail s’est arrêté. Cellendhyll observa le passage. Effectivement, plus rien. Mais il avait tout de même permis à tout un bataillon de poser pieds sur la plaine, soit presque trois cents bulots humanoïdes. Baste ! Que peuvent ces bestioles contre deux combattants aguerris ? - Ils sont peut-être nombreux, reprit le Loki à voix basse, mais nous encore plus. - Qu’est-ce que tu racontes ? On est que deux Gher’… - Ouais, c’est bien ce que je dis, répondit le guerrier Loki avec un sourire féroce. - Ok, je vois où tu veux en venir. On fonce dans le tas, on massacre tout, puis on fête la victoire avec une fricassée de bulots, c’est ça ? - Simple, facile à retenir. J’adore tes plans, petit homme, souffla Gheritarish. - Passe devant, je te suis, chuchota l’Adhan.
Gheritarish se laissa tomber à bas de l’arbre puis poussa un puissant rugissement. Toutes les créatures se tournèrent vers lui en claquant des pinces, alertées par la provocation du Loki. Certaines levèrent haut les armes qu’elles tenaient dans leur autre membre, principalement des épées longues faites de corail. Les antagonistes se ruèrent à la rencontre les uns des autres, Gheritarish d’un côté, les créatures de l’autre. Le Loki poussa un nouveau rugissement de défi, une hache dans chaque main, prêtes à trancher, hacher et démembrer. Cellendhyll, quant à lui, se laissa glisser à bas de sa branche. Il allait laisser le guerrier loki focaliser sur lui l’attention des créatures avant d’intervenir. À quelques mètres de là, sur la plaine, Gheritarish était quasiment au contact. Il continuait de courir, bras croisés devant lui. Arrivé dans la masse des créatures il ouvrit grand les bras, profitant de son élan pour donner plus de force à son coup. Six têtes de crustacé tombèrent. Le Loki ne perdit pas un instant. Il décapita une autre créature, puis planta ses haches l’une après l’autre dans le torse d’un bulot. L’acier pénétra sans difficultés l’émail de l’armure et la chair de son adversaire. Gheritarish se saisit des deux pieds de la créature pour s’en servir comme d’une arme, à l’aide de laquelle il fouetta l’air devant lui. Rugissant, riant comme un dément, le Loki balayait le bataillon d’ennemis, fracassant les crânes grâce à la carapace de la créature qu’il utilisait comme un fléau d’arme. Sacré bon sang de Loki…sourit Cellendhyll intérieurement.
L’Adhan s’était approché de la bataille. Sa Belle de Mort déjà dans la main. Elle sentait l’odeur du sang, avide de participer à la curée. Cellendhyll apparut derrière une créature à qui il trancha la gorge. Passant d’un bulot à l’autre il frappait de toutes ses forces. Sa dague perforait sans peine les armures et les carapaces chitineuses. Il tranchait des membres, envoyait des pinces claquer au sol, se ménageait des espaces en envoyant de puissants coups de pieds chassés dans les plexus des créatures. Le sang giclait en gouttelettes vermillon des carotides tranchées par la dague de métal sombre. Cellendhyll et son arme étaient un tout. Il pouvait se battre sans elle, il était mortel sans elle. Mais il ne se sentait complet qu’avec la poignée familière de la dague sombre calée dans le creux de sa main. Gheritarish avait récupéré ses armes. Il effectuait avec ses haches le même travail d’abattage que Cellendhyll avec sa dague. Rapidement, son poil se teinta d’écarlate, tandis qu’il frappait sans discontinuer. Bientôt les créatures ne furent plus qu’une poignée, regroupées, faisant front face au deux guerriers. Cellendhyll n’avait même pas eu besoin d’avoir recours au Zen. Une bonne chose. Un mouvement se fit non loin du rocher, un simple flottement. L’air se colora de bleu et de pourpre, alors que le portail était activé une nouvelle fois. « Cell’ » cria Gheritarish. L’Adhan indiqua d’un hochement de tête qu’il avait remarqué. Le portail, enfla, se gonfla dans des proportions hors de la normale, puis vomit quantité de créatures qui déferlèrent sur le plan. Il en arrivait par dizaine. Rapidement leur nombre fut bien plus élevé que ce qu’il était quelques minutes auparavant – déjà plusieurs centaines. À peine le pied posé par terre, les guerriers bulots se jetaient à l’assaut des deux compagnons qui avaient repris leur danse meurtrière. Mais cette fois, les deux soldats du Chaos combattaient en reculant, submergés par les vagues des crustacés humanoïdes qui déferlaient sur eux. Une dernière créature passa par le portail. Plus grande que les autres, sa carapace était irisée, elle tenait sous son bras un coffret de coquillages. Gheritarish, submergé par le nombre, avait perdu une de ses armes. Il lança un appel à l’aide, mais Cellendhyll était déjà aux prises avec cinq guerriers qui l’encerclaient. Ces derniers faisaient claquer leur pince tout en essayant de leurs épées de trouver une faille dans la défense de l’Adhan. L’homme au regard de jade essaya néanmoins de rallier son camarade. Il sauta par-dessus la créature sur sa gauche, puis l’envoya d’une ruade violente s’écrouler dans ses comparses. Il tenta de se frayer un chemin jusqu’au Loki, mais la masse de pinces, de chitine et de becs était bien trop dense, par trop compacte. De Gheritarish, il ne voyait plus que le bras tendu au dessus des têtes de leurs adversaires. L’Adhan continuait sa pénible avancée, il n’avait pas le temps de recourir au Zen, alors il se contentait de parer, frapper, parer puis frapper encore. Un coup violent le percuta à la base du crâne, ses oreilles sifflèrent, puis les ténèbres obscurcirent sa vision alors qu’il perdait connaissance.
Lorsque l’Adhan revint à lui, Gheritarish le regardait d’un air penaud. Son crâne l’élançait. Les deux agents de Morion étaient chacun maintenus à genoux par deux créatures, pieds et poings liés dans le dos. Aucun moyen de bouger. Tout autour d’eux les crustacés échangeaient des caquètements, battant des pinces d’un air furieux. Soudain le silence se fit. Les créatures en face des deux guerriers s’écartèrent pour former une allée. Le bulot humanoïde plus grand que les autres, visiblement leur chef, s’avançaient doucement vers eux, tenant toujours son coffret de coquillage. Ses yeux étaient dissimulés par des lunettes rondes aux verres fumés. Cellendhyll l’observait alors qu’il s’approchait. Il s’arrêta à quelques centimètres d’eux. Le chef des bulots ouvrit son coffret duquel il sortit un petit crustacé, sorte d’araignée surmontée d’une carapace. La petite créature se débattait, griffant l’air de ses six pattes.
Les deux bulots qui gardaient Gheritarish lui ouvrirent la bouche de force. « Eh ! Bah les pattes vous deux, me touchez pas ! ». - Laissez-le ! Cria Cellendhyll. Le chef s’avança près du Loki. Il fit tomber le petit crustacé dans la bouche grande ouverte du guerrier. - Non ! Gher’ ! Hurla l’Adhan. Le Loki se tordit de douleur. Cellendhyll vit sa gorge se gonfler horriblement alors que la créature se frayait un chemin dans son œsophage. Gheritarish déchira sa chemise, empoignant son ventre, souffrant le martyr. - Cell’ ! Aide-moi je t’en prie, supplia le guerrier Loki. Aide moi ! Mais Cellendhyll ne pouvait rien faire. Les deux créatures le maintenaient au sol avec fermeté. Il lui était impossible de se libérer pour porter secours à son ami. Chose étrange, les deux bulots commencèrent à lui secouer les épaules avec violence. Le guerrier aux cheveux argentés hurlait, vociférait à pleins poumons, mais rien n’y faisait, son compagnon continuait de crier sa douleur. Le suppliant d’intervenir. - Humpf… Chell’ ! Aide-mi, Chell’ ! « Mi-Chell’ ! Michel ! »
« Michel ! Michel ! Réveille-toi bon sang ! ». Allongé sur son lit, prisonnier de la couverture, Michel Robert hurlait comme un perdu. Il ne se réveilla finalement qu’après que sa femme lui eut secoué les épaules pendant de longues minutes. Au loin, un chien aboyait pour témoigner son mécontentement d’avoir été dérangé dans son sommeil. - Hein, quoi, qu’est ce qu’il y a ? - Un cauchemar mon chéri, tu hurlais des trucs incompréhensibles au sujet de crustacés astigmates. Tu m’appelais Gher’ et tu tapais dans le vide ! Je t’avais prévenu que tu ne digèrerais pas la quantité de bulot que tu t’es enfilé avec tout le vin blanc que t’as sifflé ! - Mais euh, n’importe quoi, c’est la faute à ta Marmite. Laisse moi dormir. - C’est ça… Bonne nuit chéri.
_________________ "Ce qu'on ne peut éviter, il faut l'embrasser". W.S.
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